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PETIT DE CHEZ PETIT…

La chanson francophone  en Suisse se porte court. Plutôt bien, mais court ! Elle s’inscrit en minuscule - comme les sites qui l’accueillent – dans un paysage culturel riche et au milieu d’un incroyable foisonnement des genres musicaux. A Lausanne – capitale indiscutée des musiques tendance de Suisse romande et de la région Rhône-Alpes – la chanson n’a plus de lieu à elle. Elle a trouvé refuge dans la périphérie. 

A Lutry plus précisément. Un bourg viticole cossu qui s’adosse à Lausanne en attirant ses contribuables nantis avec une politique fiscale nettement plus hardie que celle de la culture. Néanmoins, la chanson a trouvé là un refuge entre deux maisons vigneronnes et une villa de haut standing. Le lieu se nomme l’esprit frappeur et il est animé par un personnage qui ne l’est pas moins, en tous cas sur le plan de la force de conviction. Alain Nitchaëff, un ancien clown de talent, anime, organise, programme, nettoie et hante cette petite scène qu’il dirige selon une profession de foi très honorable : "Nous voulons une programmation qui sorte du commun, nous voulons que le public soit heureux ici et que le son ne tue pas les oreilles. Le théâtre est ouvert aux spectateurs de tous âges (Le temps ne fait rien à l'affaire quand on aime). D'autres théâtres existent pour les artistes qui sont dans le vent du monde. Nous voulons donner la place à ceux qui ont quelque chose à dire et les faire découvrir, c'est notre travail de résistant..."
C’est ainsi que Xavier Lacouture, Bruno Brel, Gilles Thoraval et quelques autres que l’on ne croyait ne plus jamais revoir dans la région depuis la disparition des légendaires Faux-Nez, ont pu célébrer leurs retrouvailles avec la frange militante des amateurs de chanson française un peu « old style » mais pétrie de bons sentiments et de messages généreux.

Dire que la chanson a complètement déserté Lausanne n’est pas tout-à fait vrai. Il reste un endroit où les descendants de Brel trouvent refuge, c’est la radio publique. Là, des concerts sont organisés. Ils sont gratuits et tentent de refléter les tendances du moment. Vincent Delerm, Matthieu Bogaert et même Charlélie Couture s’y sont produits récemment devant quelques dizaines d’amateurs. 

A Genève, pas mieux.

Au bout du lac Léman, le genre n’est pas moins à l’étroit. Sans l’activisme de Roland le Blévennec et de son engagement en faveur de la chanson, il n’y aurait pas de lieu dédié dans la Cité de Calvin. Le sien s’appelle le Chat Noir, en hommage à son homonyme montmartrois (fondé par un Suisse en 1885) et il mêle tout au long de l’année jazz et chanson. Il y a cinq ans, il a fondé un festival intitulé Voix de Fête, qui a offert, cette année, au public genevois un intéressant panel des artistes les plus en vue du moment : Nicolas Reggiani, Richard Desjardins ou encore Camille.
Car, pour le Blévennec, il n’y a aucun doute : "A l’heure où des émissions de télévision comme Star Academy et Pop Star nous laissent entendre que les chanteurs se fabriquent comme des pains mous avec de la bouillie de viande aromatisée, nous savons qu’il existe dans une autre galaxie, depuis la nuit des temps, un métier du spectacle avec de la sensibilité dedans. Bourrés de talent, les artistes de Voix de Fête savent cependant qu’il faut du temps pour devenir grand, des années de persévérance et savoir croiser le regard de l’autre. Ces artistes chantent vrai et parlent juste. Ils osent se dévoiler et rencontrer le public."

Le salut à Zurich ?

Pour surprenant que cela puisse paraître, c’est peut-être à « Switzerland Downtown » que le futur de la chanson en français se jouera. Snobisme d’une grande ville qui se doit d’afficher de la culture du même métal que la cuisine de ses palaces ? Sûrement pas :  Padam... Padam est une association qui, depuis 1991, entend favoriser la découverte des chanteurs francophone en organisant des concerts à Zurich. Son programme annuel permet au public zurichois de découvrir et d’apprécier les auteurs et interprètes de la chanson française contemporaine. La fidélité du public, le nombre croissant de spectateurs et le répertoire orienté français de Michael von der Heide, l’enfant chéri de la scène zurichoise,  tendraient à prouver qu’il y a une vraie francophilie dans la capitale économique de la Suisse.

Christian Jacot-Descombes